Song-tseu s’est transformé sur le Kin-hoa (1) ;
Ngan-ki a pénétré jusqu’au Pong-laï (2) ;
Ces personnages obtinrent l’immortalité dans l’âge antique,
Ils ont pris leur essor, soit ; mais enfin où sont-ils ?
La vie est comme un éclair fugitif ;
Son éclat dure à peine le temps d’être aperçu.
Si le ciel et la terre sont immuables,
Que le changement est rapide sur le visage de chacun de nous !
O vous, qui êtes en face du vin et qui hésitez à boire,
Pour prendre le plaisir, dites-moi, je vous prie, qui vous attendez ?
1. Song-tseu était un bouddhiste, que la mythologie chinoise place au nombre des immortels. Il se brûla lui-même sur le mont Kin-hoa afin d’obtenir plus vite sa transformation ; c’est-à-dire le passage de cette vie à une autre. 2. Ngan-ki, au contraire, devint immortel sans changer de corps. C’était un vieillard qui herborisait dans les montagnes et vendait ensuite des remèdes et des élixirs aux habitants des bords de la mer. Il y avait déjà plus de mille ans que les hommes du pays de Loung-nié, qui, de génération en génération, avaient appris à le connaître, le voyaient apparaître de temps à autre, quand Thsin-chi-hoang-ti voulut aussi le voir. L’empereur s’entretint avec lui durant trois jours et trois nuits, et fut si frappé de la netteté avec laquelle il lui parlait des siècles passés, en lui racontant les choses les plus curieuses, qu’il ne se lassait point de l’entendre et qu’il lui offrit de très riches présents. L’immortel les accepta, mais on les retrouva tous ensuite à une grande distance ; il les avait abandonnés. De son côté, il avait offert à l’empereur une paire de pantoufles en jade rouge, en lui promettant que, dans quelque mille années, ils se reverraient au Pong-laï, montagne imaginaire, sorte d’Olympe situé au milieu des mers, où la mythologie chinoise place la patrie des immortels. _________________ http://www.youtube.com/watch?v=RtXQ31F1A-k
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Un jour de printemps,
le poète exprime ses sentiments au sortir de l’ivresse
Si la vie est comme un grand songe,
A quoi bon tourmenter son existence !
Pour moi je m’enivre tout le jour,
Et quand je viens à chanceler, je m’endors au pied des premières colonnes (1).
A mon réveil je jette les yeux devant moi :
Un oiseau chante au milieu des fleurs ;
Je lui demande à quelle époque de l’année nous sommes.
Il me répond : A l’époque où le souffle du printemps fait chanter l’oiseau.
Je me sens ému et prêt à soupirer,
Mais je me verse encore à boire ;
Je chante à haute voix jusqu’à ce que la lune brille,
Et à l’heure où finissent mes chants, j’ai de nouveau perdu le sentiment de ce qui m’entoure. _________________ http://www.youtube.com/watch?v=RtXQ31F1A-k
Devant mon lit, la lune jette une clarté très vive ;
Je doute un moment si ce n’est point la gelée blanche qui brille sur le sol.
Je lève la tête, je contemple la lune brillante ;
Je baisse la tête et je pense à mon pays.
1. Cette petite pièce appartient au genre que les Chinois nomment vers coupés, c’est-à-dire où, sans préambule, l’on entre tout droit dans le sujet. Peut-être ne sera-t-il pas sans intérêt de voir comment l’analyse un commentateur chinois : « Li-taï-pé, dit-il, trouve moyen d’être ici tout à la fois d’une concision, d’une clarté et d’un naturel extrêmes, et c’est précisément parce qu’il est naturel, qu’il fait toujours entendre infiniment plus qu’il ne dit. La lune jette une clarté brillante devant son lit ; il doute un moment si ce n’est point de la gelée blanche ; nous jugeons, sans qu’il nous le dise, qu’il dormait, qu’il s’est éveillé et qu’il est d’abord dans ce premier instant du réveil où les idées sont confuses. Il pense aussitôt à la gelée blanche, c’est-à-dire au point du jour, à l’heure où l’on se met en route. N’est-ce pas la première pensée d’un voyageur qui se réveille ? « Il a levé la tête ; il aperçoit la lune, il la contemple ; puis il baisse la tête et pense à son pays. C’était bien un voyageur ou un exilé. Ce dernier mot ne laisse plus de doute. En voyant cette brillante lumière, il a songé naturellement qu’elle éclairait aussi des lieux qui lui sont chers, il regrette avec amertume de passer une nuit si belle loin de chez lui. « Le poète nous a fait suivre jusqu’ici la marche de ses pensées par une route si droite que nous n’avons pu nous en écarter. En terminant par ces seuls mots : Je pense à mon pays, il laisse chacun imaginer les pensées tristes qui l’assailleraient lui-même s’il était absent, et après avoir lu sa pièce, chacun se prend à rêver. » _________________ http://www.youtube.com/watch?v=RtXQ31F1A-k