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Kwizera Administrateur
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Joined: 20 Sep 2007 Posts: 777
Localisation: Lyon
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Posted: Fri 21 Sep - 22:38 Post subject: Romain Gary |
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Une jeep me ramena à Cléry et me déposa rue Vieille-de-l'Eglise. Je devais retrouver Lila place du Jour, devenue depuis peu place de la Victoire. En débouchant sur la place, je me trouvai derrière une foule de gens qui se pressaient autour de la fontaine. Il y avait des cris et des rires, des enfants qui couraient et deux ou trois personnes qui s'éloignaient, pour la plupart âgées, parmi lesquelles M. Lemaine, ami de mon oncle, un ancien combattant de 14-18, qui avait un genou raide depuis Verdun. Il passa à côté de moi en claudiquant, s'arrêta, hocha la tête, et s'éloigna en grommelant. Je ne voyais pas ce qui se passait près de la fontaine. Je ne m'y serais guère intéressé si je n'avais pas remarqué les regards bizarres qui allaient vers moi. Leleu, le nouveau patron du Petit-Gris, Charviaut, l'épicier de la rue Baudouin, Colin, qui tenait la papeterie, d'autres encore, me dévisageaient avec un mélange de gêne et de pitié.
- Qu'est-ce qui se passe?
Ils se détournèrent sans un mot. Je me ruai en avant.
Lila était assise sur une chaise à côté de la fontaine, la tête rasée. Le coiffeur Chinot, la tondeuse à la main, le sourire aux lèvres, s'était écarté un peu et admirait son œuvre. Lila se tenait sagement sur la chaise, dans sa robe d'été, les mains jointes sur ses genoux. Pendant quelques secondes, je ne pus bouger. Puis ce fut un déchirement dans ma gorge, un hurlement. Je me jetai sur Chinot, lui donnai un coup de poing dans la gueule, saisis Lila par le bras et l'entraînai à travers la foule
Les gens s'écartaient: c'était fait, accompli, on avait fait payer à la "petite" ses coucheries avec l'occupant. Plus tard, lorsque je pus penser, ce qui demeura, au-delà de l'horreur, ce fut le souvenir de tous ces visages familiers que je connaissais depuis mon enfance: ce n'étaient pas des monstres. Et c'était bien cela qui était monstrueux.
Les souvenirs sont là, ineffaçables. Je cours à travers les rues de Cléry, en tirant Lila par le bras. Il me semble que jamais je ne cesserai de courir. Je ne courais pas vers le bout du monde: on y était. Je ne savais pas où j'allais, et, d'ailleurs, il n'y avait pas où aller. Je hurlais.
J'entendis des pas derrière moi, je me retournai, prêt à cogner. Je reconnus le visage de M. Boyer, le boulanger, tout pantelant, avec son gros ventre.
- Viens chez moi, Fleury, c'est à côté.
Il nous fit entrer dans la boulangerie. Sa femme jeta à Lila un regard épouvanté et se mit à pleurer dans son tablier. Boyer nous fit monter au premier et nous laissa seuls. Avant de refermer la porte, il me lança:
- A présent, les nazis ont vraiment gagné la guerre.
J'étendis Lila sur le lit. Elle était inerte. Je m'assis à côté d'elle. Je ne sais combien de temps nous sommes restés ainsi. Je passais parfois la main sur sa tête. Ça repoussera, bien sûr. Ça repousse toujours.
Ses yeux avaient une fixité qui paraissait garder en elle une image indélébile. Des visages moqueurs. La tondeuse aux mains d'un brave coiffeur de village.
- Ce n'est rien, ma chérie. C'est seulement les nazis. Ils sont restés ici quatre ans et ils ont laissé des marques.
Le soir, Mme Boyer nous servit un repas mais il fut impossible de nourrir Lila. Elle demeurait prostrée, les yeux grands ouverts, et je pensais à son père qui s'était retiré de la réalité avec "larmes et bagages". Ces aristocrates, quand même. Car enfin qu'est-ce donc qu'un crâne de jeune femme rasé, c'est plutôt bon enfant, quand on pense à tout ce qu'on fait les autrss, les camps d'extermination, la torture - les autres, quoi - mais quels autres, au fait ?
La fraternité a parfois une drôle de sale gueule.
Les cerfs volants
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Ichimaru Gin
Last edited by Kwizera on Mon 28 Jul - 23:34; edited 1 time in total |
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Kwizera Administrateur
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Joined: 20 Sep 2007 Posts: 777
Localisation: Lyon
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Posted: Sat 15 Dec - 21:13 Post subject: R. Gary : Europa |
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- Très curieux, dit-il. Les peuplades primitives prêtaient à ce qu'on appelle les fous un caractère sacré, mais notre civilisation, elle, leur a dénié tout caractère humain et même toute existence... Ils sont traités encore plus durement que les lépreux.
- Ce n'est pas du tout ce que j'ai voulu dire...
- Et qu'as-tu voulu dire, au juste ? Que je suis attiré par l'impossible ? Admettons. Je te répondrai en m'inspirant de ce que le hollandais Huizinga a écrit dans son Déclin du Moyen Âge : "Si l'humanité s'en était tenue à la réalité seule, il n'y aurait jamais eu de civilisation..." Qu'est-ce que a inspiré au dernier Congrès des Ecrivains soviétiques ces foudres contre les "phantasmes" et la "débauche de l'immagination" ? La peur du changement. Le rêve est l'ennemi de tout ce qui existe, et un créateur d'avenir... Tout ce qui est devenu réalité, tout ce qui a été bâti, a été arraché à l'immaginaire...
Europa
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Ichimaru Gin
Last edited by Kwizera on Mon 28 Jul - 23:34; edited 1 time in total |
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Kwizera Administrateur
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Joined: 20 Sep 2007 Posts: 777
Localisation: Lyon
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Posted: Sat 15 Dec - 21:46 Post subject: Romain Gary |
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- Ce qu'il faut créer, c'est un grand mouvement populaire qui s'efforcerait d'encourager toutes les formes de mystification, dit-elle. Evidemment, une mythologie vaudrait mieux, mais il faut pour cela le vrai génie, et à ma connaissance, seul Malraux a tenté ça avec les peintres. Si on n'arrive pas à remystifier l'humanité, ça va finir encore une fois à Auschwitz. Tu sais ce que c'était le nazisme, le fascisme ? Une démystification de l'homme. Un moment de vérité. J'ai assisté au début de cette affaire au XVIIIe siècle, avec la guillo...
- Maman, je t'en prie, dit Erika en riant. Il n'y a pas de témoins. Ce n'est pas la peine de monter sur tes grands cheveaux.
Sa mère lui jeta un regard sévère.
- Il faut d'abord savoir se mentir à soi-même, si on veut arriver à convaincre les autres et à créer quelque chose de valable. Ce qu'on appelait de mon temps l'Europe des Lumières, la civilisation, c'est une très jolie histoire que les hommes, et surtout les Français, se racontaient sur eux-mêmes. Il y a dans chaque être civilisé une part qui est faite de beaux mensonges, et si on la détruit, ce qui reste, c'est la bête. L'illusionnisme a été la plus grande, la seule entreprise culturelle de l'Histoire. Je ne te parle pas de Cagliastro, je l'ai connu, c'était un peigne-cul. Je te parle aussi bien d'Homère, de Pétrarque, que de Shakespeare : il n'y a pas un mot de vrai là-dedans, mais ces affabulations ont crée une vérité qui nous protège tous. Une civilisation qui se dépouille de ses voiles de mythes ne mène pas seulement à la nudité : elle mène à l'invisibilité. L'homme devient invisible : on ne le reconnait qu'au cadavre. On ne peut détruire cette part d'illusion - liberté, égalité, fraternité, dignité, honneur - sans se retrouver dans un univers concentrationnaire ou à quatre pattes en train de bouffer de la merde, comme je l'ai vu faire à Maupassant dans son asile. Le tout est de viser haut et ferme dans l'imposture, avec génie. L'intendance suivra. Si Dieu doit naître un jour, c'est que nous aurons su l'inventer. Sans compter qu'il n'y a aucune preuve, aucune, que la réalité existe. La terre et l'humanité, c'est peut-être la littérature de quelqu'un. Ma fille, il faut toujours s'embarquer pour les Indes Occidentales inexistantes pour découvrir l'Amérique. Nostradamus - je l'ai très bien connu, il fut le premier à me parler de De Gaulle - me disait que, pour lui, le grand drame du XXe siècle serait la démystification. Il se faisait un mauvais sang du tonnerre - c'était un grand nerveux, tu sais - parce qu'il voyait le XXe siècle s'adonner aux vérités scientifiques, une véritable catastrophe, il s'arrachait les cheveux - car l'humanité risquait d'y perdre ses raisons de vivre. Il prédisait un ennui mortel suivi de destructions épouvantables, par haine de la réalité. Il y avait toutes sortes de choses qu'il n'osait même pas annoncer par écrit, parce qu'elles étaient justement trop vraies : ce n'était pas à lui qu'il fallait demander d'ouvrir les yeux aux hommes, ça, c'était une tâche pour des monstres comme Hitler et Staline. Le comte de Saint-Germain le savait parfaitement, et lorsqu'il annonçait la venue de l'âge de la Raison, il entendait par là que la science saurait enfin à quel moment elle devrait passer la main à l'art. Je ne te parle pas de n'importe quel margoulin, bien sûr, comme Casanova, qui n'était qu'un zizi, mais d'authentiques mystificateurs, ceux qui ont vraiment, d'abord inventé et ensuite fait circuler pendant des siècles et même des millénaires, d'admirables courants spirituels. Qu'est-ce que tu veux que ça me foute, la vérité sur Jésus ? A existé, n'a pas existé, a dit, n'a pas dit, le fils de Dieu, un illuminé ? ... C'est du café de Commerce : ce qui a compté, c'est le christianisme. Nostradamus me parlait également de Mao avec une très grande estime et même avec des trémolos dans la voix, car voilà un charlatan qui était devenu un dieu vivant au nom de la réalité socialiste et avait bâti une Chine nouvelle avec l'oeuvre d'un juif occidental, en même temps qu'il prohibait tout ce qui venait de l'Occident, y compris Beethoven. Admirable jonglerie, quelle maîtrise !
Europa
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Ichimaru Gin
Last edited by Kwizera on Mon 28 Jul - 23:35; edited 1 time in total |
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Chloe D.
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Joined: 04 Jan 2008 Posts: 24
Localisation: Valence
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Posted: Mon 7 Jan - 01:41 Post subject: R. Gary : Clair de femme |
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- Michel... - Je sais, Lydia. Je comprends. - Je suis à Roissy. Je pars pour quelques mois. - Tu as raison. - Je t'ai écouté toute la nuit et... il y a trop de place. C'est trop grand pour moi. Tu ne me laisses pas assez de petitesse. Il ne suffit pas d'adorer pour aimer. Tu es un bâtisseur de cathédrales, et moi, je vis dans un deux-pièces, quatre-vingt mètres carrés. Tu as perdu une femme qui était toute ta vie et tu essaies de faire de ta vie une femme. Elle t'a laissé avec des milliards. Je me sentirais plus rassurée si tu étais plus pauvre : tu aurais plus à donner. Il y a impossibilité de vivre sans aimer, je sais. Seulement, l'impossibilité de vivre sans aimer, cela aussi, c'est une façon de vivre. Je savais très bien ce que je faisais. J'étais tellement malheureuse que j'avais besoin d'aider quelqu'un. J'ai essayé de vous aider, tous les deux. C'est très égoïste, je sais... Enfin. Tu as parlé de fraternité, tu te souviens... - Bien sûr. C'est la seule chose que les femmes et les hommes n'ont jamais essayé ensemble. Il n'y a pas d'orifice. - Je ne peux aimer comme si c'était un sacerdoce. C'est trop lourd à porter. - Il n'y a rien d'autre à porter. Ne pleure pas. - Michel, on ne peut pas vivre ainsi. - Ah bon, alors tu as raison de pleurer. - Une femme ne peut pas être seulement un homme. Un homme ne peut pas être seulement une femme. - Je n'y peux rien. Tu es ma condition biologique. Mon cri cellulaire. - Il s'agit plus chez toi d'une espèce de foi absolue, farouche et barbare, que de ce que nous pouvons avoir de destin personnel... - Oui. - Lorsqu'on rencontre un tel besoin d'aimer chez un homme, on ne sait même plus si on existe pour lui, si on est aimée, ou si c’est seulement un instrument de culte… Il faut que je vive aussi, moi. Je ne veux pas entrer en religion. Nous n’avons pas besoin d’adoration, Michel. L’adoration, cela finit toujours par une exigence de sainteté, et la sainteté, on nous a déjà fait le coup. Je dirais même que ça suffit et que les putains ont peut-être aujourd’hui plus droit à la parole et ont plus de choses à nous dire que les saintes. - Tu as dû passer une nuit atroce. - J’ai passé une nuit, Michel. Et j’ai aussi aidé une autre femme. Maintenant, je pars. Je pars parce que tu es saoul de malheur et que je ne sais même pas qui tu es vraiment. Il y a trop de désespoir, trop de panique, chez toi… et chez moi. C’est trop facile. Un jour, quand nous ne serons plus des naufragés, quand nous serons vraiment nous-mêmes, nous nous reverrons… et nous ferons connaissance. - Lucides… - Oui, et tout sera beaucoup plus difficile. Nous nous regarderons peut-être en cachant notre étonnement, tu penseras : « C’est pas vrai ! », et moi : « Ce n’est pas lui, ce n’est pas possible… » Elle sanglotait. J’étais heureux. Nous étions déjà ensemble. - Lydia, pars tranquillement. Pars aussi loin que tu peux. Reste aussi longtemps que tu doutes. Fais d’autres rencontres. Vis pendant quelques temps d’arrêts d’autobus. N’aie pas peur, ce ne sera rien. Je t’attendrai à l’arrivée. - A bientôt. Tu peux habiter chez moi, si tu veux. - Non. J’ai horreur des illusions, figure-toi. Pars. Je vais essayer de dessaouler.
Clair de femme
_________________ quelque chose d'assez loin |
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Kwizera Administrateur
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Joined: 20 Sep 2007 Posts: 777
Localisation: Lyon
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Posted: Mon 28 Jul - 23:37 Post subject: Romain Gary |
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- Elle a déjà eu des amants ?
- Jamais ! Vous êtes ignoble ! C'est un être d'une sensibilité exquise, une nature d'élite. Nous recevions chez nous les plus grands écrivains, les musiciens... La culture ! Elle ne vivait que pour la culture. C'est une chose connue, enfin ! Demandez à n'importe qui ! D'une érudition extraordinaire ! Wagner ! Beethoven ! Schiller ! Hölderlin ! Rilke ! Voilà ses seuls amants. Elle a inspiré nos plus grands poètes ! Des odes ! Des stances ! Des élégies ! Des sonnets ! Ils ont tous chanté sa beauté, sa grandeur, sa noblesse, son âme immortelle. On la donnait en exemple, à la jeunesse des écoles. Elle inspirait, bien sûr, de grands amours, mais cela se situait toujours au niveau de l'esprit ! Je vous le dis, ***** n'avait qu'une aspiration, qu'un besoin... La culture...
Il a bien raison. Tout à fait raison. La culture. Au moment où nous creusions notre tombe, alors que les SS tenaient déjà les mitraillettes prêtes, j'avais demandé à mon voisin de tombeau, Sioma Kapelusznik, ce qu'il en pensait. Je m'étais tourné vers lui et je lui avais demandé s'il pouvait me donner une bonne définition de la culture, pour que je sois sûr de ne pas mourir pour rien, de laisser un patrimoine derrière moi. Il m'a répondu, mais tous ces gosses qui braillaient dans les bras de leurs mères - les mères qui tenaient leurs enfants dans leurs bras étaient dispensées de creuser leur tombe - ont d'abord couvert sa voix... Alors, tout en creusant, il s'est rapproché de moi, il m'a fait un clin d'oeil, et puis il a dit : "La culture, c'est lorsque les mères qui tiennent leurs enfants dans leur bras sont dispensées de creuser leurs tombes avant d'être fusillées." C'était une bonne khokhmé et nous avons bien ri. Je vous dis, il n'y a pas de meilleurs comiques que les comiques juifs.
- Elle n'avait qu'un rêve, dans la vie : la culture !
J'étais quand même assez embêté à l'idée que c'était un collègue et pas moi qui avait fait ce bon mot avant de mourir. J'ai essayé de trouver quelque chose, moi aussi, mais on était déjà en train de nous exécuter. Je dus me contenter d'un effet visuel, d'un geste de défi. Depuis, heureusement, j'ai eu le loisir de réfléchir tranquillement sur ce que la culture signifiait exactement et j'ai fini par trouver une assez bonne définition, en lisant les journaux, il y a un an ou deux. A cette époque, la presse allemande était pleine de récits d'atrocités commises par les sauvages Simbas, au Congo. Le monde civilisé était indigné. Alors, voilà : les allemands avaient Schiller, Goethe, Hölderlin, les Simbas du Congo ne les avaient pas. La différence entre les Allemands héritiers d'une grande culture et les Simbas incultes, c'est que les Simbas mangeaient leurs victimes, alors que les Allemands les transformaient en savon. Ce besoin de propreté, c'est la culture.
La danse de Gengis Cohn _________________ [Too bad... it woud have been nice if my capture lasted a little longer...]
Ichimaru Gin |
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